Climat : la disparition des nuages inquiète les scientifiques

Alors que la quatrième journée internationale des nuages vient tout juste de s’achever, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme. Les observations satellitaires s’accordent désormais sur un constat inquiétant : la couverture nuageuse terrestre diminue de manière continue depuis plus d’une décennie. Le phénomène, largement sous-estimé dans les modèles initiaux du changement climatique, commence à révéler des conséquences bien plus profondes qu’un simple ciel plus dégagé.

Par Stéphanie Haerts Modifié le 31 mars 2025 à 18 h 09
Climat : la disparition des nuages inquiète les scientifiques

Les nuages, ces régulateurs thermiques négligés

Ce que l’on pourrait prendre pour un caprice météorologique est en réalité une transformation systémique de la dynamique terrestre. Les nuages bas, en particulier les stratus et cumulus, reflètent le rayonnement solaire, agissant comme un réfrigérateur atmosphérique. Leur recul expose directement la surface de la planète à un afflux énergétique brutal.

« Les nuages bas renvoient le rayonnement solaire. Lorsqu'on a moins de nuages bas, ce rayonnement solaire peut pénétrer dans l'atmosphère et se stocker sous forme d'énergie dans les océans et dans l'atmosphère», explique Robert Vautard, climatologue cité par RFI. Ce déficit de réflexion solaire ne se contente pas d’élever les températures, il perturbe l’équilibre énergétique global de la planète. Selon une étude mentionnée par TF1 Info, des nuages plus faibles et plus sombres ont « entraîné un doublement du bilan énergétique de la Terre », accentuant le réchauffement record des océans depuis 2023.

Un facteur d’amplification ou de modération ?L’incertitude reste entière

Le comble de l’histoire, c’est que les nuages sont à la fois les plus puissants modulateurs du climat… et les plus mal compris. Leur comportement futur demeure une zone grise des projections climatiques, un point aveugle dans les modèles pourtant toujours plus sophistiqués. Bjorn Stevens, expert à l’Institut Max Planck (Allemagne), confiait à l’AFP et dans des propos partagé par TF1 : « C'est pourquoi les nuages représentent le plus grand défi : les comprendre est – et a été – le grand obstacle ».

Quant à Robin Hogan, climatologue au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF), il rappelle que « des changements dans le régime des nuages pourraient signifier un réchauffement beaucoup plus important ou beaucoup moins important pour une même quantité de gaz à effet de serre émis  ». En somme, les nuages incarnent cette grande incertitude scientifique qui empêche aujourd’hui les climatologues d’estimer avec précision l’effet amplificateur ou modérateur qu’ils exerceront à moyen terme.

Satellites, lasers et algorithmes, les nouvelles armes du climat

Face à ce brouillard scientifique, les agences spatiales affûtent leurs outils. L’année 2024 a vu le lancement de EarthCARE, satellite copiloté par l’Agence spatiale européenne (ESA) et son homologue japonaise (JAXA). Il complète PACE, appareil de la NASA destiné à analyser les propriétés internes des nuages avec une résolution inégalée. Par ailleurs, la NASA mise sur ICESat-2, un satellite capable de mesurer les hauteurs de nuages et d’eau à l’échelle millimétrique grâce à 10 000 impulsions laser par seconde.

Ces données alimentent les modèles climatiques et ouvrent la voie à des prévisions plus fines. Mais malgré cette avancée technologique, une question obsède toujours les chercheurs, pourquoi ces nuages disparaissent-ils ? Plusieurs hypothèses s’affrontent, notamment la baisse des aérosols atmosphériques, liée à la réglementation sur les émissions maritimes. En réduisant la pollution, on diminue aussi les particules sur lesquelles se forment les nuages bas.

Des conséquences directes sur le réchauffement et les océans

Il ne s’agit pas seulement d’un problème académique. L'effet conjugué de la baisse de la couverture nuageuse et de l'accumulation d’énergie dans les océans constitue une véritable bombe climatique. En 2023, l’humanité a franchi le seuil symbolique de +1,5 °C au-dessus de l’ère préindustrielle, un niveau censé être évité à tout prix.

Or, cette élévation n’est pas uniquement imputable aux gaz à effet de serre. Une part significative du surplus thermique est désormais attribuée à cette diminution nuageuse, comme le suggère une publication parue en décembre 2023 dans la revue Science.

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à la consommation, la finance, les technologies, l'énergie et l'éducation.

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